Revue permanente
Egalité - Pouvoirs - Représentation
Elections législatives
au Mexique (6 juillet 2003) :
questions à Bernardo Bolanos
(Chercheur en philosophie des sciences sociales,
Bernardo Bolanos collabore à la revue politique mexicaine "EnPleno")
Guillaume Dupont - Quelles étaient les principales forces en présence lors de ces élections ?
Bernardo Bolanos - Il y a aujourd'hui
trois grands partis politiques au Mexique.
Le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), que l'on peut classer au centre,
est l’ancien parti d’Etat qui a réussi à obtenir 36 % des voix, ce qui
représentera à peu près 45 % des sièges à la Chambre des Députés (l’écart
de 10 % est dû au fait que cette dernière institution est composée
de 300 députés à la majorité et de 200 à la proportionnelle, avec une règle
de sur-représentation du parti majoritaire pour garantir la "gouvernabilité").
Le PRI a gouverné le Mexique depuis 1928 jusqu’au 1er décembre 2000. Cela
veut dire que les Mexicains ont passé seulement trois ans sans le pouvoir
du PRI. Le PRI actuel est soutenu principalement par le vote rural.
Le parti du président de la République, Vicente
Fox, est le Parti d’Action Nationale (PAN). C’est un parti de droite, aussi
bien pour son conservatisme en matière de mœurs que pour soutenir le libéralisme
économique. Le PAN s’est caractérisé historiquement par son affinité avec
l’église catholique et, plus récemment, par le fait d’incorporer des entrepreneurs
privés comme candidats.
Enfin, le Parti de la Révolution Démocratique
est le plus important parti de gauche. Il est surtout présent au sud du Mexique.
Il est né d’un ensemble de petits partis (communistes et socialistes), d’une
scission du PRI, et de plusieurs mouvements sociaux (étudiants, pro-logement,
syndicaux). Il gouverne la capitale, Mexico, depuis 1997.
G. D. - Comment peut-on interpréter les résultats du 6 juillet 2003 qui favorisent le PRI ?
B. B. - Il est frappant que les 36 %
de voix obtenus par le PRI représentent seulement 15 % des électeurs
potentiels. Cela s’explique par le fait que l’abstention a été de 60 %.
La nouvelle Chambre de Députés sera constituée par des partis qui représentent
une minorité des mexicains. Par conséquent, les résultats des élections législatives
mexicaines du 6 juillet 2003 représentent le rejet, par une énorme majorité
de la population, de la classe politique (c’est-à-dire des hommes politiques
professionnels qui ont le contrôle des partis).
Une explication de ce désenchantement est que
trois ans après l’alternance politique, le nouveau gouvernement du PAN n’a
pu faire passer aucune réforme significative. Le modèle constitutionnel, et
en général institutionnel, hérité du système de parti unique n’a pas été adapté
au multipartisme.
Une autre explication est la corruption politique. Elle était associée au
PRI, mais les affaires politico-judiciaires ont touché aussi bien le PAN dans
les dernières années.
G. D. - Est-ce que ces élections vont changer les choses dans les années à venir ?
B. B. - Le Mexique vivra pendant trois ans une cohabitation. Entre qui et qui ? Entre un Président de la République issu du PAN et, très probablement, un législatif contrôlé par le PRI en alliance avec des différentes forces politiques. Une autre alternative est celle d’une coalition contre nature entre la droite et la gauche (PAN-PRD). Ce n’est pas si surréaliste que ça si on pense en termes de coalition contre l’ancien parti d’Etat en train de reconquérir le pouvoir.
G. D. - Par où passent les clivages politiques au Mexique ?
B. B. - Malgré l’impossibilité de classer
le PRI (sauf, peut être, comme une forme vernaculaire du populisme), il a
bien un clivage politique classique dans la jeune démocratie mexicaine. Le
PAN cherche depuis trois ans à faire passer des réformes "de droite"
comme l’ouverture de l’industrie de l'électricité à l’investissement privé
ou la réforme du Code du Travail (cette dernière pour faire face aux industries
manufacturières de la Chine et de l’Amérique Centrale). Le PRD et un secteur
du PRI sont contre à cause de la souveraineté nationale sur l’énergie et de
la défense des droits des travailleurs.
Il y a aussi des clivages particuliers au pays. Par exemple, la gauche exige
l’approbation des réformes constitutionnelles sur le droit et la culture indigène.
Une coalition PAN-PRI a néanmoins refusé d'approuver le projet que l'Armée
Zapatiste de Libération Nationale avait négocié avec le gouvernement précédent.
Guillaume Dupont / Bernardo Bolanos, juillet 2003
"Un putsch légal à
titre préventif ? - Des nouvelles du Mexique", par Bernardo
Bolanos (juillet 2004)
(avec notamment des pages en Français sur le
fonctionnement du processus électoral)
"Philosophie
/ Politique - Revue permanente"
Le site est en ligne depuis le 15 février 2002