Revue permanente
Egalité - Pouvoirs - Représentation
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Michael WALZER,
Sphères de justice – Une défense du pluralisme et de l’égalité,
Seuil,
La couleur des idées, Paris, 1997
[Consulter le plan de l'ouvrage]
La théorie de la justice établie
par M. Walzer se définit comme une théorie des biens. Mais à la différence
des théories ordinaires de la justice distributive, qui décrivent le processus
central de la distribution comme le fait que "des personnes répartissent
des biens entre d’autres personnes", la théorie de Walzer s’articule autour
d’une description qui se veut "plus précise et plus complexe" :
"les gens, écrit Walzer, conçoivent et créent des biens, qu’ils répartissent
entre eux". Les biens qui font l’objet des répartitions sont ainsi envisagés
comme des produits de l’expérience humaine et comme ayant des effets sur cette
même expérience.
En déplaçant l’attention de la répartition elle-même
vers les opérations consistant à donner un sens aux biens et à les fabriquer
collectivement, Walzer cherche à expliquer le pluralisme des possibilités
de répartition, mais aussi à le limiter.
Ce qui explique le pluralisme, c’est le fait qu’"il n’y a pas, écrit Walzer, un ensemble unique de biens primaires ou de base qui transcende les mondes moraux ou matériels". Si tel était le cas, "un tel ensemble aurait un caractère si abstrait qu’il ne servirait à rien dans les répartitions particulières". Autant de biens, autant de sphères : telle est la thèse de Walzer.
Mais les Sphères de justice ne
sont pas un ouvrage purement descriptif, loin de là. Il s’agit pour Walzer de
limiter le pluralisme afin de le réaliser. L’instrument conceptuel utilisé
pour ce faire est le terme de tyrannie, que M. Walzer définit à partir
d’une analyse des conflits sociaux. Selon lui, ces conflits trouvent leur source
dans un mécanisme de "conversion illégitime" : certains biens
sont utilisés pour en acquérir d’autres, alors qu’ils sont hétérogènes.
Ce
que M. Walzer appelle la tyrannie, c’est le fait de monopoliser un bien
prédominant, c’est-à-dire de se donner les moyens de convertir un bien
en un autre bien alors qu’il n’y a pas de lien entre les deux. Le projet théorique
de Walzer ne consiste donc pas à dénoncer les monopoles, mais à montrer dans
quelles limites un monopole est légitime. Il se propose donc de rapporter chaque
grand type de bien social à une sphère particulière.
Ce projet, Walzer le situe entre deux
autres types de revendication :
- si l’on considère que tous les monopoles
sont injustes, alors il faut défendre une redistribution égalitaire, ou du moins
élargie, du bien prédominant ;
- si l’on considère que la structure existante
de prédominance ou de monopole est injuste, alors il faut prôner le remplacement
du bien prédominant actuellement par un autre bien et le remplacement du groupe
qui le contrôle par un nouveau groupe social.
La mise en œuvre de l’égalité complexe
nécessite donc de dégager une diversité de critères distributifs qui reflète
la diversité des biens sociaux. Autrement dit, une société égalitaire complexe
est une société dans laquelle, en dépit de multiples petites inégalités, le
processus de conversion n’engendrera pas la multiplication de l’inégalité. Si
une telle société est souhaitable, c’est, selon Walzer, dans la mesure où
"l’égalité
est une relation complexe entre personnes, passant par l’intermédiaire des biens
que nous fabriquons, que nous partageons et que nous divisons entre nous ;
ce n’est pas une identité de possession" (Sphères de Justice, p. 43)
Guillaume Dupont, février 2002
2
– L’appartenance
3
– Sécurité et bien-être social
4
– L’argent et les marchandises
5
– Charges et emplois réglementés
6
– Les travaux pénibles
7
– Le temps libre
8
– L’éducation
9
– Les liens de parenté et l’amour
10
– La grâce divine
11
– La reconnaissance
12
– Le pouvoir politique
13
– Tyrannies et sociétés justes
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