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Deux numéros de revues consacrés aux USINES :
- Terrain, n° 39,
septembre 2002 : "Travailler à l'usine"
Editeur :
Mission du patrimoine ethnologique (Dir. de l'architecture et du patrimoine,
Min. de la Culture et de la Communication) / Diffuseur : CID, 131 bd St-Michel,
75005 Paris - 01 43 54 47 15
- Enjeux Les Echos, n° 185, novembre 2002, dossier : "Vers une France sans usines ?"

Enjeux Les Echos,
n° 185 : "Vers une France sans usines ?"
Leurs hésitations à prévoir
ce que sera l'avenir de la France industrielle font d'ailleurs écho à
ce que ressentent les premiers concernés : "en moins de quinze
ans, l'usine a totalement changé de statut, d'organisation. Avec, pour
conséquence, moins une désindustrialisation réelle qu'un
sentiment permanent d'incertitude, de la part des salariés bien sûr,
mais aussi des directeurs d'usine et des collectivités locales"
(p. 93).
Pour ce qui est des dirigeants, ce sentiment s'explique sans doute par le fait que le développement des grands groupes industriels s'est accompagné d'une fragilisation du statut des usines. La "rationalisation des sites de production" observée à l'échelle de l'Europe s'est traduite par une spécialisation accrue des tâches dévolues à chaque usine, par un resserrement des contraintes budgétaires liées à l'automatisation, et par une financiarisation de l'économie (p. 93-94).
Même les repères géographiques, les liens de l'usine à un territoire, tendent à s'effacer : "fini les cathédrales industrielles qui, tels la sidérurgie ou les arsenaux, modelaient leur territoire pour plusieurs générations. Aujourd'hui, l'entreprise est devenue nomade et exige l'aide de son environnement" (p. 104). Chacune des fonctions de l'entreprise, séparée des autres dans un mouvement de rationalisation-désintégration, cherche une "localisation optimale" : lorsque Citroën a quitté le quai de Javel à Paris, ce fut pour installer son siège à Neuilly, sa recherche et développement à Vélizy, sa production à Aulnay ou sa logistique à Melun-Sénart (exemple donné p. 105). Si le poids de l'industrie dans l'emploi a fléchi en moyenne de 14,6 % entre 1990 et 1999, les variations entre régions et au sein d'une même régions sont parfois d'une autre ampleur. Parmi les nombreux documents, graphiques et tableaux proposés dans ce dossier par le magazine Enjeux Les Echos, les cartes de la répartition régionale de l'emploi industriel sont particulièrement éclairantes.
"En théorie, les ouvriers
auraient mauvaise grâce à se plaindre. N'importe quel DRH d'une
usine de bonne taille l'expliquera avec fierté : fini les
Temps modernes, façon Chaplin, l'opérateur est
désormais res-pon-sa-bi-li-sé" (p. 112). La plupart
du temps, il s'agit cependant d'abord pour les "opérateurs"
en question de faire preuve d'une attitude responsable, ou de ce qu'on appelle
un "esprit d'initiative", tout en se pliant par ailleurs aux contraintes
d'un processus de production "de plus en plus normé, à grands
renforts de certifications ISO par exemple, et minuté" (p. 113).
L'organisation est désormais pensée en flux tendus, ce qui "transfère
la pression du client jusque dans les ateliers". Les temps de concertation
et de préparation du travail sont parfois sacrifiés à la
quête des gains de productivité. Quant à la suppression
de niveaux hiérarchiques, pour des questions d'économie et au
nom d'un "management de proximité", elle n'est pas non plus
sans conséquences.
Le grand intérêt de ce dossier
est de faire un état des lieux complet de la situation de la France industrielle,
sans dissimuler que bien des problèmes restent irrésolus et que
tous les acteurs ne s'accordent pas sur les solutions éventuelles. Reste
à voir comment les conséquences de ces évolutions sont
vécues par ceux qui travaillent à l'usine.
Tel est l'objet de la revue Terrain dans son numéro de septembre
2002.
Nous reviendrons ici sur la dialectique spatiale du dedans et du dehors, sur
celle des temps de production et des temps de pause, et enfin sur la manière
dont se constituent les identités au sein de l'usine.
Cette opposition n'a pas le même sens selon qu'on se place du point de
vue de l'employeur ou de celui de ses employés.
Pour l'entreprise qui emploie des travailleurs à domicile, comme c'est
le cas de la fabrique d'articles de cuir étudiée par
Il arrive en effet que les employés introduisent à l'intérieur
de l'usine ce qui paraît ne relever que du "dehors". Comme l'écrit
N. Flamant dans un article portant sur les relations hiérarchiques
dans une entreprise de l'industrie spatiale, "pour comprendre les comportements
des individus au travail, il est également nécessaire d'analyser
dans quelle mesure l'environnement de l'entreprise et les statuts qu'y occupent
les acteurs interviennent dans les jeux internes" (p. 114). Les interactions
à l'intérieur de l'usine dépendent en effet de formes sociales
déjà constituées en dehors : voisinage, amitiés,
partage d'activités de loisir... Cela vaut pour la fabrique de combustibles
nucléaires de l'Isère (article de Pascale Trompette) comme pour
l'usine d'acier de Bhilai, en Inde, où l'ancien système des castes
survit en partie à sa disparition officielle (article de Jonathan Parry).
Mais dans les deux cas également, il apparaît que cette porosité
entre l'intérieur et l'extérieur est à double sens. Ainsi
J. Parry écrit-il que "les amitiés qui se nouent entre
beaucoup d'ouvriers à l'usine acquièrent une importance considérable
à l'extérieur, et le travail et la vie ne sont en aucun cas compartimentés"
(p. 137).
Ces va-et-vient entre l'intérieur et l'extérieur s'expliquent
dans certains cas par le fait que l'entreprise elle-même peut trouver
dans l'ouverture à l'extérieur un moyen de "se perpétuer
comme instance de socialisation" (P. Trompette, p. 64).
Le temps de production est-il "le temps noble et porteur de sens",
celui que les études anthropologiques devraient prendre en compte de
manière prioritaire ? C'est la question que pose Nicolas Hatzfeld
dans un article consacré à la "pause casse-croûte"
des ouvriers de Peugeot Sochaux.
Il s'agit, écrit-il, d'"un moment d'anti-travail qui obéit
à des règles strictes" (p. 36). L'ethnologue à
l'usine, bien accepté sur les chaînes de montage, se rend compte
qu'il doit faire face, lors du traditionnel casse-croûte du matin, à
une attitude tout autre de la part des ouvriers : les monteurs de l'usine
Peugeot font de chacune de leurs pauses des moments privés, durant lesquels
les groupes qui étaient liés l'instant d'avant par la tâche
commune se recomposent autrement.
La pause est souvent vécue comme
Toutes les analyses réunies dans ce numéro rendent compte de la
"complexité des compositions identitaires" (c'est une expression
de N. Hatzfeld, p. 40). Sur ce point, bien des questions restent en
suspens.
Avec qui travaille-t-on lorsque les équipes ne s'appellent plus des "équipes",
mais des "Unités Elémentaires de Production" ?
Quelle place respective occupent les uns et les autres lorsque se met en place
une "organisation matricielle" des rapports hiérarchiques,
telle que la décrit N. Flamant dans son article sur l'industrie
spatiale ?
A Peugeot Sochaux, des groupes se constituent au moment de la pause qui réunissent
des "gens du coin" pour l'un, des jeunes pour l'autre, des syndicalistes
ailleurs... On le voit, ce ne sont ni les impératifs de la production,
ni la solidarité ouvrière qui structurent ces "retrouvailles".
L'exemple de l'usine Bhilai Steel Plant, en Inde, offre sur cette question un
contre-point éclairant : ouverte en 1959, elle incarnait l'effort
de modernisation porté par Nehru. "Pour celui-ci, écrit J. Parry,
BSP a toujours été considéré comme devant servir
de phare, et les divisions de caste, de région ou de religion devaient
y être transcendées pour le plus grand bien de la nation"
(p. 136). Un certain équilibre parvient à s'établir
au sein de cette usine du secteur public,
Parmi les machines en service dans ces ateliers de Sheffield, certaines datent
de l'ouverture de l'usine, en 1860. C'est le cas du marteau Ryder, sur lequel
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