Revue permanente
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Philippe NOREL,
L'invention du marché : une histoire économique de la mondialisation,
(avec Claire Aslangul, Olivier Bouba-Olga, Paloma Moreno, Carina van Vliet)
Seuil, Paris, 2004
Publié aux éditions du
Seuil dans la collection "Economie humaine" dirigée par Jacques Généreux,
L'invention du marché : une histoire économique de la mondialisation
procède selon une double approche, à la fois historique et théorique.
En historiens de l'économie, P. Norel et son équipe retracent, dans une fresque
grandiose, l'histoire des interactions entre Etats et forces de marché de l'Antiquité
à nos jours, selon une périodisation tripartite : "Commerce lointain et
contrôle du marché, des empires de l'Antiquité au XVIème siècle"; "De
l'instrumentalisation du monde à la première globalisation (1600-1914)" ; "Les
chemins incertains de la seconde globalisation".
En analystes du phénomène actuel de "mondialisation", ils se positionnent par
rapport aux penseurs classiques des phénomènes économiques d'envergure mondiale,
comme M. Weber, F. Braudel ou I. Wallerstein. Il existerait ainsi deux mondialisations
différentes. La première correspondrait à la longue période d'une globalisation
dont la recherche des origines conduit à remonter toujours plus loin dans le
temps, de la "première globalisation" de la fin du XIXème siècle, à l'expansion
des Etats mercantilistes, puis aux cités commerçantes que furent Amsterdam ou
Venise, jusqu'à la Mésopotamie et plus loin encore. Il conviendrait d'y opposer
la "mondialisation proprement dite", apparue lors des 20 dernières années, et
caractérisée - assez classiquement - par les auteurs comme la combinaison des
phénomènes de transnationalisation des firmes, de globalisation financière (avec
- enfin - une référence à l'ouvrage incontournable de Michel Aglietta, Anton
Brender et Virginie Coudert : Globalisation financière : l'aventure obligée,
publié en 1990) et d'affaiblissement des régulations étatiques nationales
(par rapport auquel l'apport théorique de l'école de la régulation de R. Boyer
est finalement rejeté comme "trop englobant").
P. Norel et son équipe assument pleinement le point de départ strictement économique
de leur analyse, qui les conduit à écarter les dimensions sociales ou culturelles
de la mondialisation, ou à présenter comme périphériques des réflexions comme
celle de M. Granovetter sur l'encastrement social du marché, pourtant en résonance
directe avec le titre de l'ouvrage. Enfin, si on ne peut que saluer la mise
en lumière par les auteurs de la contingence historique de la mondialisation
actuelle, et sa caractérisation comme une possible "illusion", on peut regretter
l'absence de référence aux thèses - plus sociologiques il est vrai, mais compatibles
avec la définition de l'économie comme science humaine adoptée par cette collection
éditoriale et par les auteurs - d'Yves Dezalay et Bryan Garth (exprimées notamment
dans Actes de la recherche en sciences sociales) selon lesquelles le
discours sur la mondialisation serait lié à certains intérêts catégoriels.
Nicolas Belorgey, mai 2004
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