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Louis DESSALLES,
Pascal PICQ et Bernard VICTORRI,
Les origines du langage,
Le Pommier/Cité des sciences et de l’industrie, Paris, 2006
Ce petit ouvrage collectif fait partie de la série consacrée aux Origines de la culture par la maison d’édition Le Pommier, en partenariat avec la Cité des sciences et de l’industrie. De fait, ce tome reprend la matière de conférences données par les trois auteurs à la Cité des sciences et de l’industrie au début 2005.
On ne peut que recommander la lecture de ce petit livre, qui se lit rapidement et avec un plaisir croissant. En effet, il aborde par trois voies différentes la question intrigante des origines du langage, question qui touche à la fois à l’anthropologie, l’épistémologie et la philosophie politique.
Dans la première partie de l’ouvrage (« Les temps de la parole » ), le paléoanthropologue Pascal Picq pose un certain nombre d’éléments théoriques du débat. Il s’efforce ainsi de définir rapidement ce que l’on entend par langage, ainsi que les spécificités du langage humain par rapport à d’autres formes de communication animale. Cette différenciation le conduit naturellement à se pencher sur l’histoire de l’évolution de l’espèce humaine et de sa différenciation des grands singes. On trouvera là notamment des réflexions intéressantes sur le Dernier ancêtre commun (DAC) entre l’homme et les grands singes, il y a environ 7 millions d’années. Partant de ce DAC, Pascal Picq imagine ce qu’a pu être la genèse et l’évolution du langage chez nos lointains ancêtres, jusqu’au temps de l’Homo erectus, c’est-à-dire avant l’Homo sapiens.
Le second tiers de ce livre (« A la recherche de la langue originelle ») est dû à Bernard Victorri, directeur de recherche au CNRS. Il ressort de cette partie deux éléments principaux : en premier lieu, la conviction de l’auteur qu’il a bien existé une langue originelle, d’où sont dérivées toutes les langues humaines ; en second lieu, l’idée que la spécificité du langage humain et de son utilisation réside pour une large part dans la fonction narrative, la narration constituant, selon l’auteur, « l’une des plus importantes utilisations du langage dans toutes les sociétés humaines connues ». Bernard Victorri expose alors le cœur de sa thèse : la fonction narrative joue un rôle de régulation sociale extrêmement important, en faisant prendre conscience aux individus des conséquences négatives des comportements qui nuisent à l’intérêt du groupe. C’est en cela que le langage serait devenu indispensable à nos ancêtres, dès lors que ceux-ci accédaient par ailleurs à une intelligence leur permettant de planifier et de mettre en œuvre l’élimination physique de leurs semblables. Cette idée apporte à cette occasion un éclairage très stimulant à l’interrogation qui peut naître du fait qu’il est très rare de voir les animaux tuer leurs congénères à l’issue d’un affrontement. Bernard Victorri conclut cette partie en estimant que la différence entre les hommes actuels et les Homo sapiens consiste donc plus en cette faculté nouvelle de représentation et de narration qu’en un surcroît d’intelligence, ce qui justifierait selon lui que notre espèce soit qualifiée d’Homo sapiens narrans.
La dernière partie de l’ouvrage, rédigée par Jean-Louis Dessalles, enseignant-chercheur à l’ENST, propose une « Ethologie du langage ». Après avoir posé que les deux fonctions essentielles du langage humain sont la fonction événementielle, qui consiste à prévenir ses semblables d’un élément nouveau, et la fonction argumentative, qui permet de valider ou d’infirmer l’information délivrée dans le cadre de la fonction événementielle, Jean-Louis Dessalles tente de répondre à la question de savoir quel intérêt les humains trouvent à se parler. Cette partie de l’ouvrage, extrêmement stimulante, aboutit à des conclusions très riches sur le plan anthropologique. Elle confirme la nature politique de l’animal humain, qui s’efforce de participer à des coalitions électives de semblables. Selon Dessalles, le langage sert essentiellement aux humains à former et entretenir les coalitions de ceux de leurs semblables qui sont prêts à les aider. Cette thèse permet d’inscrire le recours au langage dans une perspective darwinienne, ce qui paraissait difficile de prime abord.
La lecture de cet ouvrage est donc tout à fait stimulante, même s’il apparaît assez clairement que la question de l’origine du langage est relativement récente dans le champ de la recherche et que l’heure est aujourd’hui plus aux hypothèses qu’aux conclusions. Il convient de signaler enfin que, comme beaucoup d’ouvrages édités par Le Pommier, celui-ci est l’occasion, en approfondissant une question, de rafraîchir un certain nombre de connaissances générales.
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