Philosophie / Politique

Revue permanente

Egalité - Pouvoirs - Représentation


L'égalité est-elle morte ? - Analyse des réponses

par Guillaume Dupont

Cette contribution fait suite à
une question posée aux candidats à la présidence de la République :
"La distinction entre l'égalité et l'équité est devenue un lieu commun du discours public: faut-il en conclure que l'égalité est morte ?"

Nous avons reçu les réponses
de 6 candidats à l'élection présidentielle française (avril-mai 2002).

 

Les mots "égalité" et "équité" ont une origine latine commune. Certes, étymologie n'est pas raison. Mais le problème est de savoir si les acteurs publics savent vraiment ce qu'ils disent lorsqu'ils emploient cette distinction, ce qu'ils font de plus en plus souvent. Notre question aux politiques visait donc à délimiter les contours d'un nouvel usage de la notion d'équité.
Ainsi l'ambition du président-candidat redevenu président, Jacques Chirac, était-elle de réformer le système français des retraites selon un "principe d'équité des Français devant la retraite".
Il s'agit ici de clarifier cette distinction entre égalité et équité, sans se faire trop d'illusions sur son rôle effectif dans le débat public. Si nous voulons éviter que la notion d'équité ne serve de cache-misère programmatique, il est nécessaire de saisir les enjeux de cette distinction.

 

L'un de ses enjeux tient à ce qu'elle recoupe la question des limites de l'égalitarisme républicain. C'est ce que montrent les deux réponses que nous ont apportés, respectivement, Jean-Pierre Chevénement et Christiane Taubira. Le premier défend "l'égalité devant la loi républicaine" et la seconde défend l'idée de "discrimination positive". Cette dernière proposition est inspirée bien sûr de pratiques déjà en vigueur aux Etats-Unis, et s'appuie sur une critique du caractère formel de l'égalité des droits.

Le candidat de Démocratie Libérale, Alain Madelin, se donne un modèle qui a l'avantage de la simplicité: celui du Loto. Il soutient ainsi qu'il n'est "pas injuste qu'il y ait des gagnants et des perdants", mais qu'il serait "injuste que les joueurs n'aient pas a priori la même chance de gain". Cette comparaison de la vie sociale avec un jeu de hasard laisse cependant ouverte la très délicate question de savoir comment définir cette idée d'égalité des chances. Il est à craindre qu'un slogan du type "L'égalité des chances, c'est la chance de l'égalité" ne soit pas suffisant pour cela.

Quant à Lionel Jospin, il exprimait dans sa réponse la volonté de synthèse qui fut la sienne tout au long de cette campagne: synthèse de la liberté et de l'égalité, synthèse de l'égalité et de l'équité. L'équité était alors présentée comme la condition de l'égalité et la lutte contre les déterminismes, comme l'un des axes de l'action de l'Etat.

 

Citons pour finir les propos de l'économiste Marc Fleurbaey. Auteur des Théories économiques de la justice, ce dernier souligne que l'emploi du terme d'équité renvoie d'abord à l'idée qu'il ne faut pas "égaliser idiot" :

"Même si l'on s'accorde à retenir comme objectif central pour la société idéale une forme d'égalité, il n'est pas simple de décrire plus concrètement en quoi consiste cette égalité. Il faut permettre la diversité, l'expression des différences et de la fantaisie humaine.
Il existe tout un débat philosophique passionnant, depuis la publication des théories de Rawls et de Sen, sur "égalité de quoi?", et dont le thème central est la place qu'il faut accorder aux préférences variées en matière de style de vie. Ce débat est en cours, et il serait bon qu'il soit un peu moins restreint à quelques spécialistes."

(M. Fleurbaey,
entretien avec Gabriel Leroux,
sur le site de l'Université de Tous Les Savoirs)

 

 

Guillaume Dupont, mai 2002


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